19.10.2006
Esquisses de Frank Gehry, ou : Protagoras parle de l’art

Les deux gros risques du documentaire, c’est soit de sombrer dans l’édification des masses, soit de se lancer dans le lyrisme à 0,13 €.
Rien de tout cela chez Sydney Pollack qui, comme il le dit lui-même, n’y connaît rien en documentaire, et rien en architecture.
Donc, on n’a pas un doc qui chercherait à faire comprendre l’architecture, mais un doc qui permet de comprendre comment, quand on est un artiste, on utilise la technique dont on se sent le plus proche pour changer le monde.
Pollack fait des films, et Gehry fait des bâtiments.
Donc, Esquisses de Frank Gehry est une proposition sur le travail de l’artiste.
On peut y voir l’incarnation du titre : ce sont bien les esquisses qui matérialisent le travail de l’artiste.
Donc, ce film donne une vision intéressante, parce que prolématique, du travail de l’artiste.
Donc, voici trois problématiques parmi tant d’autres.

Le travail de l’artiste : le rapport entre création et inspiration.
Ce que le film rend de manière impressionnante, c’est le rapport entre inspiration et création.
Quand on lui propose un bâtiment, Gehry fait un gribouillis indéfinissable.
Ensuite, il travaille sans crayon, mais avec son équipe et des bouts de bois et de carton, à monter le bâtiment à différentes échelles, pour, comme il le dit «Ne pas tomber amoureux de la maquette». Du travail d’équipe, des heures, des jours, des semaines, des mois de labeur. Et au final... le bâtiment reproduit l’exacte structure du gribouillis de départ. C’est à tomber.
Finalement, les esquisses de Gehry ne rendent pas compte de son travail, mais de son inspiration, que son travail permet de matérialiser. Les bâtiments de Gehry sont des incarnations de ses esquisses.

Le travail de l’artiste : la technique.
Pollack, qui est un vrai artiste, a bien conscience que ce qui définit l’artiste c’est son travail, sa technique, que plus tu bosses, plus tu te trouves.
Un documentaire foireux et érudit sur Gehry aurait montré nombre de spécialistes binoclards avec des cravates hideuses dans des bureaux pleins de meubles hors de prix s’extasier sur la pureté de ses lignes, sur le jeu avec la lumière...
Ici, les personnes interrogées sont des gens qui vivent dans où à côté du bâtiment.
Ils ont tous un sourire extatique.
Parallèlement, voir Gehry dans son studio face à la dernière version de sa maquette disant « On va la regarder jusqu’à la détester. Là on verra ce qui cloche», donne une réelle idée de sa quête dans son travail.

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Le travail de l’artiste : le public.
Il y a un kamikaze de l’esprit dans ce film : un critique d’architecture qui n’aime pas Gehry. Il a bien sûr tort mais on ne peut pas lui reprocher de manquer d’un courage teinté d’esprit «Jackass», à ce garçon.
Ce qu’il dit, c’est que Gehry s’inspire trop des arts plastiques, et que ses bâtiments relèvent plus de la sculpture que de l’architecture.
Que Gehry soit influencé par les arts plastiques, le passage où il montre que le plan au sol de son musée à Jérusalem rappelait le taleau de Bosch affiché dans son «bureau» le confirme.
Mais ce qui donne tort au critique, à mon avis, c’est que lorsque l’on regarde les maquettes de Gehry, il y a toujours des petits bonshommes représentés à l’intérieur.
Chez lui, l’homme est la mesure de toute chose, comme disait ma grand-mère Germaine.
Ce qu’il construit c’est bien un bâtiment, et pas une sculpture visitable.
Un musée, et pas la Statue de la Liberté dans laquelle on accrocherait des tableaux.
Tout ça rappelle que Gaudi pensait à tous les petits détails pratiques quand il construisait ses bâtiments saugrenus.
Gehry est notre Gaudi à nous, c’est super de penser qu’on partage un peu de l’air qu’il respire.

Bon, c’est pas tout ça, mais je vais aller prendre mes billets pour Bilbao, moi.

Ami lecteur, tu apprécieras la cohérence thématique de ce blog : un teasing sur le docu de Pollack, une pub sur les LEGO, et une critique de docu sur l’architecture.
Quel talent.
20:20 Publié dans Art qui bouge (cinéma) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : critique, cinéma, film, architecture, gehry, frank gehry, sydney Pollackl


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