06.04.2008

Max Raabe und das Palast Orchester, ou : aporie critique (eh oui, ça n'arrive pas souvent)

J’hésitais à en parler car je suis fort embêtée.

Pour la première fois depuis longtemps, je suis confrontée à une production artistique et JE NE SAIS PAS QUOI EN PENSER.
C’est assez perturbant pour quelqu’un qui a eu un choc identitaire en découvrant le dessin animé «The Critic», je le rappelle.

Voilà l’auteur de mon problème :

 

Dis bonjour à Max Raabe

Max Raabe a commis un certain nombre de reprises absolument démentielles de Tom Jones, Britney Spears ou même de «Tainted Love».

Voici d’ailleurs, la vidéo de «Oops... I did it again»

Et celle de «Sex bomb».

 



Cliquez, c’est un ordre.
Tout de suite, j’ai dit.

Kitsch, ultra drôle, bien instrumenté, c’est génial.

Sauf que.

Sauf que Max Raabe, ne fait pas que des reprises, il chante aussi des chansons dans une ambiance années 20 allemande en allemand.
Je sais que l’Allemagne de Weimar était le pays le plus avancé d’Europe, mais vu comment ça a fini ça me met un peu mal à l’aise.
J’ai l’impression d’écouter des tubes de maison de retraites pour nostalgiques du IIIe Reich.

Evidemment, Max Raabe semble bien avoir une posture ironique par rapport à son genre musical.
Quelques indices d’ironie :

- un stylisme complètement outré :



- un anti-jeu de scène :

 

Le top de son expressivité 



- un job comme «wedding singer»  lors du mariage de Marylin Manson et Dita von Teese (chanteur gothique et effeuilleuse "burlesque").

Ce dernier détail me semblait d’importance : Max Raabe qui surjoue la ringarditude serait au contraire brutalement branché et renverrait à la face de la planète tout l’aspect le plus sombre de l’époque actuelle.
La boucle me semblait bouclée, j’étais rassurée.

Cependant, j’ai par ailleurs trouvé cette image de l’Adorable Couple :


 

dita von teese

 

 

 

 

 Le look années 40 fait évidemment partie de l’attirail fétichiste de Dita von Teese, donc arrêtez de la regardez, s’il vous plaît, ce n’est pas elle le problème.
Mais la touche SS Totenkopf (les subdvisions chargées du système concentrationnaire) de Marylin me semble suspecte...
Même si c’est une tête de mort strassée.
Et peut-être surtout pour cette raison d’ailleurs.

Ok, Marylin Manson a une posture ironique, pour le coup il ambitionne vraiment d’incarner le côté sombre du monde contemporain (il a quand même pris le nom d’un tueur en série) en s’inspirant d’une esthétique barnumesque et ottodixienne (oui, je sais, je viens d’inventer cet adjectif) pour procéder à une dénonciation carnavalesque.
On peut se souvenir de sa très intelligente interview par Michael Moore dans «Bowling for Columbine».
Ou à son clip «Mobscene», manifestement très influencé par cette esthétique d’avant la catastrophe.

Mais le problème de cette ironie si référencée, c’est que si elle coupe court à la connivence et que la référence n’est pas comprise, elle pourrait être prise au premier degré.

Entendons-nous bien, la question que je me pose n’est pas : Max Raabe est-il un néo-nazi, car la réponse est clairement non.
La question est : est-ce que je ne suis pas en train de partager les goûts de vieux nazis confits dans leur bière ?

Donc, je reste perplexe.

J’y ai vu qu’il est très difficile d’apprécier quoi que ce soit en faisant abstraction de son contexte de production.
J’ai donc cherché d’autres infos, mais Raabe s’exporte assez peu et tous les sites sont en allemand et mon dernier contact avec la langue de Goethe (ou, pour nos plus jeunes lecteurs : la langue de Tokio Hotel) remonte à 1997.

Donc je m’interroge : est-ce que je ne suis pas en train de me délecter en rigolant d’un délire de néo-nazis ?

Au secours.

Merci.

 

 

23.03.2008

Soyez sympas, rembobinez, de Michel Gondry, ou : la fabrique du cinéma

Soyez sympas rembobinez - Affiche américaine

La joie propre du cinéma populaire, ce n’est pas tant de voir les films que de se les raconter après.
J’ai pour ma part passé d’excellentes soirées cinéphiliques à raconter dialogues et détails du décor d’ « Hot Shots » 1 et 2 avec d’autres intellectuels souffreteux.
Raconter « La cité de la peur » m’a sauvé de l’ennui pendant de longues heures durant ma scolarité.
Et si je chante « Bohemian Rhapsody » en voiture, tout le monde voit dans quel contexte je me situe.
Non ?
Bon, ben pendant que vous regardiez « L’année dernière à Marienbad », voilà devant quoi j’étais vautrée :


Cette séquence est d’ailleurs une bonne mise en abyme : un film populaire où les personnages s’approprient une chanson populaire.
Bon, je ne développe pas.
J’ai la passion des mises en abyme.
J’ai dû manger trop de chips Flodor.

Michel Gondry a donc vu juste : on peut parfaitement rejouer « Ghostbusters », parce qu’on le connaît par cœur, et « Rush Hour 2 », parce que les émotions sont suffisamment peu complexes pour qu’on puisse se les réapproprier sans problème.

Pour le « Septième sceau », c’est plus compliqué.


Mais la deuxième révélation très juste de ce film est technique.
Elle concerne la manière même dont se construit le langage cinématographique.
On pourrait le résumer ainsi : énergie + vision.

Ce qui est frappant dans ces films, c’est que leur vision est à la fois englobante et détaillée.
Dans chaque film résumé, les deux personnages vont choisir les séquences les plus significatives pour construire une intrigue fidèle et cohérente.
Mais cette fidélité et cette cohérence vont par ailleurs être exprimée dans le souci du détail dont font preuve ces deux crétins en filmant : les plans sont similaires et on voit des détails « réalistes » dans l’arrière-plan, comme les inscriptions en pseudo-chinois dans « Rush Hour 2 » suédé.

Et c’est l’énergie qui transforme cette vision en langage cinématographique.
En effet, les films suédés sont pour la plupart des films à grand spectacle, bourrés d’effets spéciaux.
Or, pour faire croire à un effet spécial, il faut que la vision à l’intérieur du cadre soit assez précise, et que les acteurs soient suffisamment énergiques pour la rendre vivante.
Parce que si on observe bien, dans les GhostBusters, il y avait quand même Dan Akroyd (un blues brother) et Bill Murray (Bill Murray, je t’aime, mais comme c’est le cas de tout le monde, ça ne compte pas).
(Et aussi Sigourney Weaver, qui occupe une bonne partie de ses soirées à recevoir des oscars, et qui, ô clin d’œil, joue la méchante avocate dans « Soyez sympas… »)
Et ils ont l’air de tellement s’éclater que ça donne envie d’être avec eux dans le film.

 

http://artfiles.art.com/images/-/Ghostbusters-Photograph-C10102485.jpeg

Soyez sympas rembobinez - Mos Def et Jack Black

 Cheap ou chic, tout le monde a l'air bien content

La constitution des effets spéciaux comme un petit arrangement entre des moyens limités et un cadre déterminé est également visible à propos du suédage de « 2001, l’odysée de l’espace ». Ce qui est particulièrement pertinent dans ce cas précis c’est que ce petit arrangement nous ramène à la genèse même des effets spéciaux de « 2001 » : ils étaient déterminés par les moyens limités dont disposait Stanley Kubrick. Si le vaisseau spatial a cet ample mouvement circulaire si majestueux, c’est qu’il était matériellement impossible de lui en donner un autre.
L’idée de l’accompagner avec de la valse est venue après.
Et donc, en suédant le film, Gondry rappelle la genèse même de sa fabrication.

 

Il démontre ainsi que la différence entre "Independance Day" et " Cris et Chuchotements" n'est pas une différence de nature, mais de degré.

 http://msnbcmedia1.msn.com/j/msnbc/Components/Photos/050906/050906_independence_day_hmed.hmedium.jpg

http://tempsreel.nouvelobs.com/file/331698.jpg

C’est très intelligent, très fin, très spirituel et très drôle.
Mais trop de sentimentalisme tue le sentimentalisme.
Les séquences de ciné sont entrecoupées de passages larmoyants sur combien c’est super d’être ensemble entre voisins et que non, on n’a jamais de problèmes de bruit chez nous et on s’aime tous.
On ne peut quand même pas dire que c’est un bon film.
Faut pas exagérer.

 

Bon, ben sinon, à tout de suite sur esprits-critiques.com

09.03.2008

Expo Fabre au Musée Fabre, ou : le premier Sartorialist

 

exposition fabre montpellier

 

Hugh Grant est un acteur absolument incapable de jouer autre chose que le rôle du jeune premier dans des comédies romantiques.
Il avait eu l'honnêteté de le résumer lui-même il y a quelques années : «Petit budget, veste de tweed : c’est pour moi».

 

hugh Grant sense and sensibility

Je tombe les meufs en robes à carreaux...

 

hugh Grant quatre mariages

... et en robes à pois.

 Sorti de ce créneau, force est de constater qu’il doit être meilleur à, je ne sais pas, jouer au Tetris, par exemple.

 Et tout le botox du monde n’y fera rien, pas vrai, Hugh ?

Ben non.

C’est ce que l’on peut appeler un talent de niche.

François-Xavier Fabre, fondateur du Musée Fabre de Montpellier, est un peintre extraordinaire, mais sur un sujet unique : les portraits d’hommes.

C’est une sublime surprise dans la mesure où, dans la tradition occidentale, ce sont plutôt les femmes que l’on regarde.

Fabre utilise parfaitement la technique du glacis, qui permet, par couches successives, de faire apparaître des portraits d’hommes à la fois lumineux et tout en intériorité.
Il excelle particulièrement à représenter les créateurs, en distillant des touches de lumière blanche sur les yeux (normal, jusque-là), mais également sur le bout du nez et le bout des doigts. Tout le portrait semble vibrer d’une vie effervescente.

 

 Et les costumes ! Ah, les costumes ! Détails des plis de la veste, des boutonnières, des coutures de la doublure, du noeud de cravate. Scott Schuman (Scott Schuman, je t'aime)  n’a qu’à bien se tenir.

 

Le poète Alberto Alfieri (ci-dessus), grand pote de Fabre et plusieurs fois portraituré, dira d’ailleurs à propos de l’un de ses portraits «on dirait qu’on aurait fait un trou dans la toile et que j’y aurais passé la tête»).

Ces portraits d'hommes sont extraordinaires.

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Le problème, c’est que Fabre n’a pas peint que des portraits d’hommes.

Il a aussi peint leurs femmes.
Et Fabre qui peint une femme, en gros, ça donne ça :

 

Comment ça, j’exagère ?

 Bon, OK, en vrai, ça donne ça :

 Visage sans relief flanqué d’une improbable moumoute maronnasse, tunique pré-peinte.
C’est affreux.

Mais la liste de ses forfaits picturaux ne s’arrête pas là.
Il s’est, en bon peintre académique (élève de David, prix de Rome), essayé à la peinture historique.

Et il ne sait ni composer, ni établir une perspective, ni peindre les fleurs (ce qui est un gros handicap quand tu veux peindre un paysage ou une scène historique vieille en Grèce, puisque ça se passe toujours dehors, à part quand c’est en prison, ou une nana, puisque, c’est bien connu, les femmes sont constamment en train de cueillir des fleurs et de faire des bouquets).


Ce n'est pas gênant : on n'a jamais vu les hommes aussi beaux qu'à Montpellier cet hiver.

Pendant ce temps, pour Hugh, c'est la déliquescence.

Hugh Grant trahi par Fessebouc.

 

 

Retrouvez-moi sur Esprits-critiques.com 

 

03.03.2008

Exposition années folles au Musée Galliera, ou : Protagoras peut aller se rhabiller

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Je tiens à dire dans un premier temps que j’adoooooore (Louxor et) la mode des années 20.
Cette période de libération des corps entre les sophistications stériles des corsets et les immondes sacs à patates en satin des années 30, qui ont péniblement démontré pendant près d’une décennie que décidément, non, le fourreau, même coupé dans le biais, ça ne va à personne.

 

20.01.2008

Mon nouveau blog, ou : le phénix et moi, même combat

Tss... difficile à organiser, tout ça, mais ça y est : je déménage virtuellement !

Comme vous l'aurez compris, je n'ai plus trop le temps de faire tourner ce blog, et j'ai trouvé un acolyte qui n'avait pas beaucoup de temps à lui non plus.

Mais comme il passe la totalité de son temps libre à se cultiver, et que je ne me suis pas prise de passion pour le curling de mon côté non plus, nous avons décidé, plutôt que de discuter autour d'un café, de faire un blog commun.

Pour l'occasion, je retrouve mon vrai nom (Aurélie, un des prénoms les plus portés en France, qui me garantit un relatif anonymat), et lui s'appelle JN (et là vous êtes bien avancés aussi).

Bienvenue donc sur notre blog commun (et participatif : si vous avez une critique à diffuser à la face du monde, vous êtes les bienvenus) :

 

Esprits Critiques

 

À tout de suite 

24.10.2007

Parodies de Martine, ou : Vive le mauvais goût

La première fois que j'ai vu ces parodies, c'était sur une liste de distribution féministe.

J'ai trouvé ça drôle, mais limite.

La seconde fois, c'était chez la Morue, qui est toujours bien au-delà de la limite.

Alors j'ai juste trouvé ça drôle.

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14.10.2007

Pourquoi j'ai cessé d'écrire ici, ou : l'heure est venue de raconter ma life

Pour toi, lecteur qui reste, voici pourquoi je n’écris plus ici en ce moment. D’abord je te raconte pourquoi j’ai commencé. Ce sera mieux pour comprendre.
Vois-tu, il y a un an, quand j’ai commencé «Esprit Critique», je vivais avec un thésard en fin de thèse.
Et alors, me diras-tu ?
Et si tu me poses la question, c’est que tu ne connais pas les thésards en fin de thèse.
Parce qu’un thésard en fin de thèse vit par et pour sa thèse. Il ne regarde que son ordinateur et ne parle plus à personne, et donc à wam.
Par ailleurs, vaillants Parisiens, nous vivions dans un joli 30m2.
Donc, je ne pouvais pas téléphoner non plus.
Mais, comme tu t’en es rendu compte, j’ai plein de trucs à raconter.
Condamnée au mutisme, ce qui équivaut pour moi à la mort par asphyxie, je me suis jetée sur le principe du blog comme la vérole sur le bas clergé breton.

C’était super.
Je pouvais raconter ce que je voyais, échaffauder des théories, ajouter des images, développer, j’avais des lecteurs intéressants (JN, Erwan, Champignac), je m’amusais beaucoup.

Et puis la thèse fut rendue et soutenue et je retrouvai un interlocuteur de bon niveau dans mes 30m2. Le blog commença à moins m’intéresser.

Parallèlement, ma thèse à moi me prenait de plus en plus de temps, et je commençais, comme tous les thésards, à devenir monomaniaque (cf. supra).

Donc, j’avais moins envie de raconter ma vie culturelle à l’Internet Mondial.
Plus se sont greffés deux ou trois problèmes rédactionnels :
- Trop de théorie tue la théorie : d’une part,  je suis parfois allée si loin dans mes délires que je n’osais plus revenir à des petites notes, celles qui sont écrites en deux minutes et qui font le nerf quotidien d’un blog, et d’autre part, j’avais l’impression de me répéter (je pense que tout le monde aura compris que le symbolique dans l’art m’insupporte au plus haut point, je crois. Enfin j’espère parce qu’il y a interro la semaine prochaine), et répondre aux trolls façon Oronte, maudits poètes blessés qui me sommaient d’écrire moi aussi des vers de mirlitons pour pouvoir raconter mes spectacles.
Je ne trouvais plus ça drôle.
Pas le temps pour les hautes sphères, pas le propos d’écrire sans analyser, pas l’énergie de modérer.
Pas de textes.

Et puis trop de blogs tuent le professionnalisme. Mais j'en ai déjà parlé.

En plus, j’ai déménagé à Montpellier, avec ex-thésard-nouveau-docteur, donc t’imagines si j’avais autre chose à faire.

Esprit Critique tournait un peu en rond.

Mais, comme je suis une vieille bique, j’ai la peau dure, et je n’ai pas dit mon dernier mot.
Je suis en train de penser à un truc nouveau (et là, teasing), qui devrait voir le jour bientôt.
Parce qu’il y a quand même des choses à raconter.

Par exemple, va voir ici The Brassens.
C’est pour ce genre de cinglés que la blogosphère existe.

A très bientôt, gentil lecteur.